Connu pour ses remixes et maxis dévastateurs, Anders Trentemøller jette un pavé dans la marre électronique en sortant son premier album, ‘The Last Resort’ (sur Poker Flat, le label de Steve Bug). Aussi surprenant que cela paraisse, ce disque est un véritable recueil émotionnel et séduisant de treize morceaux à l’allure downtempo mélancolique et au goût suave et mielleux. Quand le Danois nous dit qu’il est tombé dans l’électronique en écoutant Massive Attack… On comprend pourquoi!

Comment as-tu débarqué dans la musique électronique?

Il y a un peu plus de dix ans, alors que je jouais depuis toujours dans des groupes de rock, je suis parti en vacances à Londres. Là je suis tombé dans des clubs qui programmaient de la drum’n’bass et du trip-hop. J’ai été soufflé par l’énergie de ces musiques que je ne connaissais pas auparavant. Quand je suis rentré au Danemark, j’ai tout de suite acheté un sampler et je me suis mis à composer des trucs électroniques que je mixais avec mes influences rock.

La Scandinavie regorgeait pourtant d’une importante scène émergente à l’époque. Je pense notamment au Globe Studio en Suède où débutaient alors Adam Beyer, Cari Lekebush, Thomas Krome, Jesper Dahlback…

Ça peut paraître bizarre, mais je ne connaissais pas tous ces gens à l’époque. Je venais du rock et comme beaucoup, je découvrais le trip-hop avec Massive Attack, Portishead et les autres de Bristol. Puis Daft Punk a sorti son premier album et ça a été pour moi une nouvelle grande inspiration…

Tu sors aujourd’hui ‘Last Resort’, un album downtempo hyper mélancolique et personnel alors que tout le monde te connaît en tant que dancefloor killer. C’est un pari osé, non?

J’ai sorti beaucoup de maxis pour les dancefloors ces derniers temps, mais je produis depuis toujours beaucoup de choses très variées musicalement. Quand Poker Flat m’a demandé si je voulais sortir un album, j’ai enfin vu la plate-forme qui allait me permettre de faire connaître une autre facette de ma personnalité. Il y a longtemps que j’ai envie de convier les auditeurs à un voyage musical bourré d’émotions. ‘The Last Resort’ est une chance inouïe pour moi de montrer autre chose.

Quand on écoute ‘The Last Resort’, on imagine que le produire à été pour toi le moyen de cas-ser la routine de tes lives dancefloor. Une sorte d’échappatoire, non?

C’est exactement ça. Quand tu es en tournée, tu joues plus-ieurs fois par semaine le même live et il y a un moment où tu dois déconnecter. Moi, je fais de la musique douce, plus suave, depuis toujours et c’est dans ces moments où la routine s’est un peu installée que ‘The Last Resort’ est né. La plupart des morceaux de l’album ont été conçus dans une chambre d’hôtel avec pour seul compagnon mon laptop et une paire de haut-parleurs.

Les gens qui s’attendent à des ‘bombes à danser’ pourront toutefois trouver leur bonheur dans le cd bonus qui compile tes maxis… (‘Polar Shift’, ‘Sunstroke’…)

Il y a deux morceaux avec des voix sur l’album que je trouvais un peu inadéquat à l’ensemble du disque. J’ai donc demandé à Poker Flat si on ne pouvait pas imaginer un cd bonus avec ces deux morceaux. Les gens du label trouvaient que c’était une bonne idée, qu’on pourrait même y rajouter mes anciens singles sortis sur le Pokerflat. Mais j’insiste bien sur le fait que ce second cd n’a rien à voir avec les treize morceaux de l’album. Ce n’est pas du tout la même vibe, les mêmes envies…

Y a-t-il aussi une différence dans le processus de composition?

Tout à fait! Il y a une limite quand je compose un morceau dance. J’ai une palette de ligne de basses, la construction suit un canevas presque toujours semblable… Ici, je ne me suis fixé aucune règle. Je ne voulais surtout pas me dire que je devais mettre seize mesures puis un break, puis à nouveau la ligne de basse… Avec le recul, je me dis que ‘The Last Resort’ est vraiment un trip très égoïste. (rires)

Tu es aussi connu pour tes récents remixes tonitruants (Royksopp, The Knife…). Tu aimes mixer les idées des autres avec les tiennes?

Pour être franc, remixer est pour moi une manière de me faire connaître. On me propose tous les jours beaucoup d’argent pour remixer des morceaux. J’ai un peu peur de bientôt tourner en rond donc je vais me calmer sur les remixes. Par contre, j’ai été remixé pour la première fois (le premier single extrait de l’album, ‘Always Something Better’, est remixé par Matthew Herbert).

Tu parles de te faire connaître. Je me souviens que Jesper Dahlback disait qu’en Scandinavie, il faut profiter des portes ouvertes car rares sont les gens qui regardent ce qui s’y passe…

C’est exact! J’en ai aussi souffert. Quand j’ai fait écouter ma musique en Allemagne par exemple. Tout le monde m’a dit, c’est génial, comme si c’était nouveau, alors que j’ai toujours produit le même genre de musique dance. Aujourd’hui, des labels danois voient enfin le jour; les choses peuvent se faire chez nous. Avant, il fallait obligatoirement une passerelle vers Londres ou l’Allemagne…

Propos recueillis par Mathieu Fonsny
Source: Outsoon.be